CRITIQUES/LITTÉRATURE/N°1 LE FANTASTIQUE

« La sorcière rousse », F. S. Fitzgerald

Dans la nouvelle de Francis Scott Fitzgerald « La sorcière rousse » issue du recueil « Les enfants du Jazz », le fantastique est employé comme une prolongation toute subjective de la réalité.

L’auteur, omniscient, fait danser le lecteur sur la mince frontière qui sépare le monde réel composé de faits tangibles, de l’interprétation poétique que ses personnages en font pour donner sens à leur vie.

En effet, la sorcière rousse n’est sorcière que dans les yeux du personnage principal, Merlin, qui juge, à posteriori que cette femme doit être magique, tant ses apparitions furent étranges et pleines de sens au milieu d’une vie banale et sans grand intérêt.

Bien que le luxe de l’aisance et le faste des années folles attise des désirs et permettent de somptueux festins, les hommes et les femmes ne font que s’ennuyer sur terre, toujours confrontés à la responsabilité de leurs décisions ou bien englués dans le cas contraire sous le poids de leur immobilisme.

Il n’y a pas d’intérêt propre au quotidien. Ainsi, Caroline, est uneapparition pour Merlin. Pourtant, elle a bien existé, est passé follement dans la vie des hommes dans une myriade de parfum et de luxe, énigmatique, à l’arrière d’une limousine ou au volant d’un coupé, ou encore dansant follement sur les tables d’un restaurant français.

Mais Merlin la laisse passer dans sa vie sans agir. Et l’auteur de conclure : « il ne lui restait que le ciel, où il rencontrerait seulement ceux qui, comme lui, auraient gaspillé leur séjour terrestre ».

Comme sorti des brumes au dessus de Manhattan, Fitzgerald déploie dans ce recueil de nouvelles, un spectre de teinte rose-orangée, entre rêve et réalité, un prisme duquel se confondent et se séparent les couleurs du réel pour se redessiner en une douce lumière, tantôt imprégnée des tons rosés de la tendre jeunesse, avant l’inquiétude de l’âge de raison, au sépia de l’âge mûr pour finir sur l’orangé de la vieillesse.

Ainsi, pour F.S. Fitzgerald, la vie, comme une balade, n’est finalement qu’une mélodie soufflée avec verve puis hésitation dans un saxophone de cuivre, où la partition déjà écrite se lit sans surprise, parfois secouée de tons aigus, sursauts d’espoir, toujours déçus et s’achevant graves.

Bony

« La sorcière rousse », Francis Scott Fitzgerald, coll. Folio 2, livre 3622.

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