DIVERS/EDITOS/N°5 ADDICTION

Edito #5 Like A Virgin

J’ai un secret à vous confier. Je viens de découvrir une nouvelle drogue, et elle est plutôt puissante. Elle est légale, ne se consomme pas par intraveineuse, ne se sniffe pas ni ne se fume. Elle défonce des millions de personnes tous les jours, qui en redemandent le lendemain. On trouve des dealers à tous les coins de rue, meubles en kit ou pommes croquées. Elle est néanmoins mortelle.

Il y a peu, la chaîne de produits culturels Virgin Megastore, contrainte au dépôt de bilan de par l’état plutôt précaire de notre économie, a fermé ses boutiques partout en France. Le grand déstockage de produits bradés – parfois jusqu’à plus de 70% – s’est soldé (c’est le cas de le dire) par des scènes de frénésie générale plutôt inquiétantes. La presse a relaté des « émeutes », où des masses humaines, semblables à des hordes de zombies en mal de chair fraîche  se sont littéralement rués sur les produits, jetant fiévreusement dans leur paniers tout ce qui leur passait sous la main. DVD, Blu-Ray, consoles de jeux-vidéos, tout y est passé, jusqu’aux livres qui n’étaient pourtant pas soldés. L’important n’était pas l’objet, ni même son prix. L’important était l’acte d’acheter. Acheter, sans aucune autre considération. Ni pour les quelques centaines de vendeurs qui se retrouveront sans emploi du jour au lendemain, ni pour l’objet qu’on met dans la panier, qu’il s’agisse du dernier Michael Bay en édition collector ultime, ou du prix Goncourt de l’année dernière. Difficile devant ce constat, de ne pas philosopher naïvement sur le rapport déviant de notre société par rapport à la consommation effrénée qu’elle engendre. Difficile de ne pas y voir une forme avancée d’addiction.

Hier, dimanche 16 Juin, à l’occasion du lancement du cinquième numéro de l’Ouvreur, Don Mura, jeune graphiste fraîchement diplômé aux Beaux-Arts de Mulhouse, a donné une exposition exceptionnelle sur le thème de l’addiction. D’emblée, on se retrouvait nez-à-nez avec une grande affiche publicitaire en 1200×800 cm, parodiant une certaine marque de micro-informatique connu pour ses prix prohibitifs et sa pomme croquée. L’affiche de Don nous vendait impunément des grenades, les fameuses iMkII. La question qu’on se pose alors est : « Est-ce que tout se vend ? » La réponse est non.

L’amour ne se vend pas. La beauté ne se vend pas. La passion ne se vend pas. Leurs points communs ? Ce sont des drogues. Certaines douces, certaines terriblement dures. On sniffe avec extase les effluves de parfum des filles dans la rue. On se shoote goulûment aux séries télé. On plane volontiers sur de la musique. On se défonce la tête en littérature, on décuve en cinéma. Nous sommes tous addicts, la seule solution à nos dépendances purement humaines réside dans une maxime quelque peu frivole : « Droguons-nous, mais droguons-nous bien. »

Léo Moser

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